Entretien professionnel en pharmacie et cabinet médical : est-ce obligatoire ?

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Oui. Une pharmacie d’officine, un cabinet médical, dentaire ou de kinésithérapie qui emploie au moins un salarié sous contrat de travail est soumis à l’entretien professionnel prévu par l’article L. 6315-1 du Code du travail. Le statut libéral du titulaire ou des associés (SCP, SELARL, SEL) n’exonère de rien : c’est l’entité juridique employeuse qui est concernée. Mêmes règles que pour toute entreprise - 5 thématiques obligatoires, entretien dans l’année suivant l’embauche puis tous les 4 ans, bilan à 8 ans, compte-rendu écrit.

Oui, dès le premier salarié - peu importe le statut libéral du dirigeant

C’est la première confusion à lever. Le titulaire d’une officine, le chirurgien-dentiste qui exerce en cabinet ou le médecin associé en cabinet de groupe exerce certes une profession libérale réglementée - mais cela ne dit rien du statut juridique de la structure qui emploie ses préparateurs, assistants, secrétaires médicales ou techniciens.

Dès lors que votre pharmacie ou votre cabinet emploie au moins un salarié sous contrat de travail, vous êtes employeur au sens du Code du travail. Toutes les obligations RH qui pèsent sur un employeur TPE ou PME s’appliquent à vous, sans atténuation liée au caractère libéral de votre activité. L’entretien professionnel ne fait pas exception.

L’obligation vaut pour les officines (que vous soyez seul titulaire, en SEL, en SARL d’officine), pour les cabinets dentaires individuels ou regroupés, pour les cabinets médicaux de médecine générale ou spécialisée, pour les cabinets de kinésithérapie, d’orthophonie, de sage-femme libérale employant une secrétaire, ou pour toute SCM (société civile de moyens) employeuse de personnel mutualisé. Pour le régime applicable dans le détail, voir le guide entretien professionnel obligatoire.

Cas du cabinet médical en SCP ou SELARL avec personnel salarié

Beaucoup de cabinets médicaux, dentaires ou paramédicaux exercent en société : société civile professionnelle (SCP), société d’exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL), société d’exercice libéral par actions simplifiée (SELAS). Ces structures sont des personnes morales distinctes des praticiens associés. Quand elles emploient du personnel - secrétaire médicale, assistante dentaire, infirmière, technicienne - elles sont employeur au plein sens du terme.

L’entretien professionnel doit être organisé par la société employeuse, pour chaque salarié, à l’échéance, dans les conditions de droit commun (article L. 6315-1). En pratique, c’est généralement le gérant de la SELARL ou un associé désigné qui mène l’entretien, ou un cadre administratif quand le cabinet en compte un. La répartition interne entre associés n’a pas à apparaître formellement vis-à-vis du salarié : la signature du compte-rendu peut être portée par le représentant légal ou par toute personne dûment habilitée.

Cas particulier de la société civile de moyens (SCM). La SCM est employeur du personnel mutualisé entre plusieurs praticiens (souvent : secrétaires, agents d’entretien). C’est elle qui organise l’entretien professionnel de ses salariés, indépendamment du statut juridique de chaque cabinet associé.

Conventions collectives à connaître : pharmacie d’officine et cabinets médicaux

Deux conventions collectives structurent l’essentiel du secteur, avec leur numéro d’identification (IDCC) :

  • Pharmacie d’officine (IDCC 1996, brochure JO 3052) : couvre le personnel des pharmacies d’officine (préparateurs, rayonnistes, étudiants en pharmacie, conditionneurs).
  • Personnel des cabinets médicaux (IDCC 1147, brochure JO 3168) : couvre les secrétaires médicales et autres personnels salariés des cabinets de médecins.

Des conventions distinctes s’appliquent aux cabinets dentaires (IDCC 1619), aux laboratoires d’analyses médicales, et au personnel des kinésithérapeutes ou orthophonistes libéraux. Vérifiez le code IDCC porté sur vos bulletins de paie pour identifier votre texte applicable.

Aucune de ces conventions ne dispense de l’entretien professionnel. Le dispositif est d’ordre public - il s’impose à tous, indépendamment du texte conventionnel applicable. Certaines conventions peuvent prévoir des entretiens spécifiques (entretien individuel annuel, bilan professionnel sectoriel) : ces entretiens ne se substituent à l’entretien professionnel que s’ils couvrent les 5 thématiques obligatoires et donnent lieu au compte-rendu écrit prévu par L. 6315-1. À vérifier au cas par cas, ou auprès de votre OPCO (Akto pour les services aux entreprises, OPCO EP pour l’interprofessionnel pharmacie et cabinets).

DPC santé et entretien professionnel : deux dispositifs distincts à articuler

Toutes les professions de santé concernées par l’obligation de développement professionnel continu (DPC) - médecins, chirurgiens-dentistes, pharmaciens, sages-femmes, masseurs-kinésithérapeutes, infirmiers - connaissent bien ce dispositif piloté par l’Agence nationale du DPC. Question fréquente : le DPC remplit-il l’obligation d’entretien professionnel pour les salariés du cabinet ou de l’officine ?

Non. Le DPC et l’entretien professionnel relèvent de deux logiques différentes :

  • Le DPC est une obligation déontologique individuelle qui pèse sur le professionnel de santé lui-même (libéral ou salarié), au titre de la formation continue obligatoire de sa profession. Il est suivi auprès d’organismes agréés DPC.
  • L’entretien professionnel est une obligation de l’employeur envers chaque salarié, qu’il soit ou non soumis au DPC. Il porte sur le parcours, les compétences, les besoins de formation et les souhaits d’évolution.

Les deux peuvent et doivent se nourrir l’un l’autre : la 3e thématique obligatoire de l’entretien (besoins de formation) est l’occasion naturelle de faire le point avec une préparatrice en pharmacie ou une assistante dentaire sur ses heures de DPC accomplies, son plan triennal, les formations utiles à anticiper. Mais le DPC ne remplace pas la trace écrite de l’entretien lui-même - ce sont deux registres documentaires distincts.

Pour le contenu détaillé des 5 thématiques, voir les 5 thématiques obligatoires de l’entretien professionnel.

Cas concret : une pharmacie de 14 salariés, 1 titulaire

Pour rendre tout cela concret. Mme L. exploite une officine en zone semi-urbaine. Effectif : 14 salariés (4 pharmaciens adjoints, 6 préparateurs, 2 rayonnistes, 1 conditionneur, 1 alternant BP préparateur). Elle est seule titulaire. Pas de DRH, pas de cadre administratif dédié.

Son cycle d’entretiens professionnels, à jour du nouveau régime :

  • Premier entretien dans l’année suivant l’embauche pour chaque nouveau salarié, alternant inclus.
  • Périodicité : tous les 4 ans pour chaque salarié, à compter du dernier entretien réalisé.
  • Bilan récapitulatif à 8 ans d’ancienneté.
  • 14 entretiens à étaler sur 4 ans, soit environ 3-4 entretiens à organiser chaque année - un rythme tenable sans surcharger l’agenda d’une journée.
  • Compte-rendu signé remis à chaque salarié, archivé en lieu sûr.

Le levier de simplicité, à cette taille, c’est d’éviter le triptyque Excel + Word + email qui devient ingérable au-delà d’une dizaine d’entretiens - surtout au moment du bilan récapitulatif où il faut reconstituer 8 ans d’historique. Un outil dédié comme Ekipal, le logiciel d’entretien professionnel prend en charge le suivi des échéances, les convocations, les comptes-rendus pré-remplis sur les 5 thématiques et l’archivage signé.

Questions fréquentes

Mon cabinet dentaire n’a que 2 assistantes. L’obligation s’applique-t-elle quand même ?

Oui. Il n’existe aucun seuil de taille en deçà duquel l’obligation tomberait. Un cabinet dentaire de 2 salariés est tenu d’organiser l’entretien professionnel au même titre qu’un cabinet de groupe de 20 personnes. Seul l’abondement correctif du CPF (3 000 €) ne s’applique qu’à partir de 50 salariés - mais le risque prud’hommes en cas de défaut de trace existe pour toutes les tailles, y compris pour un cabinet de 2 assistantes.

Le pharmacien adjoint salarié peut-il mener les entretiens des préparateurs ?

Oui, dès lors qu’il a délégation pour engager l’officine sur les éléments discutés (formation, évolution). C’est même une organisation fréquente quand le titulaire ne peut pas tout mener seul. La trace écrite (compte-rendu signé par le pharmacien adjoint en sa qualité, daté) reste opposable. Veillez à formaliser cette délégation par écrit, ne serait-ce que par un courrier interne, pour sécuriser la chaîne de responsabilité.

Notre convention collective prévoit déjà un entretien individuel annuel. Cela suffit-il ?

Pas nécessairement. Ni la convention pharmacie d’officine (3052) ni la convention personnel des cabinets médicaux (3168) ne dispensent de l’entretien professionnel. Si vous organisez un entretien individuel annuel, vérifiez qu’il couvre les 5 thématiques obligatoires de l’article L. 6315-1 et donne lieu à un compte-rendu écrit. Sinon, il faut organiser l’entretien professionnel en plus - ou compléter la trame d’entretien professionnel de l’entretien annuel pour qu’il vaille les deux.

Sources

  • Code du travail, article L. 6315-1 - Légifrance.
  • Loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025 - Légifrance.
  • Pharmacie d’officine, IDCC 1996 (brochure JO 3052) - Légifrance.
  • Personnel des cabinets médicaux, IDCC 1147 (brochure JO 3168) - Légifrance.
  • Cabinets dentaires, IDCC 1619 - Légifrance.

Une officine, un cabinet : une PME comme les autres côté RH.

Votre pharmacie ou votre cabinet est tenu aux mêmes obligations qu’une entreprise commerciale. Reste à les organiser sans transformer votre soirée en réunion RH. Ekipal s’utilise de la même façon côté officine et côté cabinet médical : suivi des échéances par salarié, convocations envoyées en quelques clics, comptes-rendus pré-remplis sur les 5 thématiques, signature électronique horodatée, archivage. Le salarié reçoit un simple lien par email pour relire son compte-rendu - il n’a aucun compte à créer.

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